Résidence de Julien Go
Résidence de Julien Go
« Ma pratique de la création s’apparente à un carnet de recherche. J’essaie, je dessine. C’est un fil de pensée. Je vois ça comme une succession d’évènements. Comme dans un conte avec des péripéties qui n’en finissent pas. Continuellement, je récolte et je déplace des images, des objets, des mots. Je les agence avec mes dessins. Ces agencements forment des installations qui sont traversées par des préoccupations, des pensées amoureuses, du désir et de l’empathie. Elles parlent de mes relations avec d’autres êtres vivants humains, non-humains, et même de mes relations avec des objets dans lesquels je retrouve certaines émotions. »
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« En dehors du jeu vidéo Zelda Breath of the Wild je ne suis jamais allé à ce point dans la montagne. C’est un jeu où l’on passe beaucoup de temps à se déplacer dans le paysage et à escalader des montagnes à mains nues. Ce que je préfère dans ce jeu, c’est aller le plus haut possible et sauter dans le vide puis planer à l’aide d’une sorte de voile portative jusqu’au sol.
Une fois, il est arrivé que je lise des poèmes de Natsume Sōseki dans le même laps de temps où je jouais à Zelda. Ses poèmes sont des successions de phrases qui parlent des émotions, de la nature, de ce qui passe par la tête et de ce qui passe sous les yeux, ou par les sens. Comme une perle dans un collier, chaque phrase semble être son propre monde.
De même que mon personnage dans le jeu vidéo, je sais que Natsume Sōseki à passé du temps dans la montagne. Link (le personnage) et Sōseki (le poète) se sont rencontrés et j’ai imaginé que les poèmes que je lisais décrivaient l’espace où mon personnage évoluait en me livrant ses pensées. Dans le jeu Link cueille des plantes pour préparer des remèdes. À la fin d’un poème Sōseki écrit : Je me promène en suivant la mutation de la nature. / Je me trouve imperturbablement face aux fleurs parfumées.
J’ai envie d’emmener ces deux-là avec moi pour mon séjour au refuge de l’Alpe du Pin. Je ne sais pas encore ce que j’en ferai, mais j’aimerais être là et capter des choses en pensant à eux. L’observation et la présence, voilà ce qui fait refuge pour moi. Au quotidien, je suis tellement dispersé que les moments d’attention sont très rares. Mais c’est ce que je cherche. Je vois ça comme une pointe. Je prendrai du papier et un carnet de notes. Sur le papier je souhaite réaliser des études de ce qui m’entoure, grand ou petit. Sur le carnet de notes, je listerai des phrases pour faire un collier peut-être. » — Julien Go