Sako Yachiyo, Pot à thé, chat qui saute et nuage perdu

Sako Yachiyo, "il y a une goutte, nuage perdu"

Structure : Galerie Henri Chartier

du 30 septembre au 13 novembre 2021

Vernissage : le 7 octobre 2021

Commissaires d’exposition : Myriam Bucquoit et Bernard Crespin

Horaires : le mardi de 14h à 19h, et du mercredi au samedi de 11h à 19h

Entrée libre et gratuite

Site internet de la Galerie Henri Chartier

« J’ai eu la chance de découvrir l’œuvre de Yachiyo Sako dans un seul instant, celui où, sur le seuil d’une salle d’exposition, le regard rencontre pour la première fois un ensemble d’œuvres d’un ou d’une artiste dont il ignore tout, y compris le nom. Ce n’est pas le souvenir d’un moment déjà vieux de quelques années mais plutôt la sensation, le sentiment éprouvé avant toute verbalisation, toute analyse ou même contemplation. Une impression, à entendre dans le sens photographique du mot : une empreinte donc, mais avant sa révélation.

Ainsi abordées les grandes surfaces planes et claires que j’avais devant moi, couvertes de motifs graphiques figuratifs noirs, semblaient appartenir d’emblée à ce qui est qualifié très communément de « style bande dessinée ». L’art figuratif moderne et contemporain, dans ses versions Pop art anglais et américain, ou Figuration narrative puis Figuration libre s’est largement inspiré du neuvième art, et les noms de Lichtenstein, Télémaque ou Adami, et surtout, plus près de nous, Combas, viennent spontanément à l’esprit lorsque l’on pense aux artistes les plus représentatifs de ces courants. Pourtant, la filiation de l’œuvre de l’artiste que je découvre avec cette histoire de l’art occidental ne semble pas vraiment fonctionner. Elle n’est pas raccord et c’est alors que s’installe un trouble bienheureux : cela ressemble mais cela n’est pas !

Je l’apprends alors, l’artiste s’appelle Yachiyo Sako. Elle est japonaise ; cela ouvre de nouvelles pistes de réflexion. Ainsi, au Japon, la bande dessinée moderne, quelle que soit son origine, est désignée par le mot « manga » (dans ce sens, on l’utilise au masculin), mais la manga y est une chose connue depuis le 13e siècle. Et c’est chez Hokusai (1760-1849), en particulier dans les 15 volumes d’illustrations imprimées – dix mille dit-on – de sa monumentale Manga (« esquisses spontanées »), qu’il devient intéressant de repérer des indices stylistiques d’un rapprochement avec l’œuvre de Sako : accumulation de dessins apparemment sans ordre ni méthode, variété des sujets et des formes comme jetées à la hâte, goût de la déformation qui confine à la caricature. Dès lors, et deux siècles après Hokusai, les grands panneaux de Sako peuvent être vus comme les pages surdimensionnées d’une nouvelle « Manga », un inventaire de scènes de la vie domestique (les repas, le plus souvent),  où se mêlent ustensiles ménagers, quadrupèdes de tout poil, bestioles improbables, personnages drolatiques et fragments de paysages avec route sinueuse. Et, comme le disait Hokusai de sa manga, cela pourrait servir de manuel de dessin « …mais pas pour l’enfant seulement ; les grandes personnes, les poètes par exemple, seront aidés par ce livre ». »
Bernard Crespin, juin 2021