Éric Manigaud, La mélancolie des vaincus

Éric Manigaud, Klinikum #15, Madge Donohoe #13 et Gonichi Kimura, Motifs de kimono incrustés par brûlure dans la peau, premier hôpital militaire d’Hiroshima, vers le 15 août 1945 © É. Manigaud

Structure : Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole

du 16 décembre 2020 au 15 août 2021

Commissaire d’exposition : Aurélie Voltz, Directrice du MAMC+

Horaires : tous les jours sauf le mardi de 10h à 18h. Fermetures exceptionnelles : 1er mai, 14 juillet, 15 août, 1er novembre et 25 décembre.

Entrée payante : tarif plein : 6,5€ / tarif réduit : 5€ / gratuité

Site internet du MAMC+
Site internet de la Galerie Sator

L’artiste est représenté par la galerie Sator à Paris, la Galerie C à Neuchâtel et la Fifty One Gallery à Anvers.

Éric Manigaud prend pour sujet des épisodes de l’Histoire du XXe siècle, dont certains méconnus. L’exposition rassemble ainsi une soixantaine de dessins réalisés à partir de photographies d’archives, empreintes d’une mémoire collective sensible.

Le visiteur est immergé dès la première salle dans la matière première qui nourrit l’art d’Éric Manigaud. Des archives originales côtoient planches médicales, plaques photographiques et magazines. Des dessins de matières, eau, terre, racines en gros plan, transportent d’emblée le visiteur au cœur de l’organique. Il se perd dans les gris ouatés, la brillance du graphite, la texture du papier, le tout se confondant avec la matière représentée.

L’histoire du siècle dernier, faite d’anonymes, surgit dans la salle suivante : un couple assassiné, des femmes japonaises aux dos brûlés, des corps à terre, des espaces laissés vides après le drame… L’artiste reproduit des documents photographiques dans un format agrandi. Il porte alors à l’échelle humaine des scènes difficiles à regarder, presque insoutenables. Une confrontation physique s’instaure avec ces images souvent censurées ou confidentielles en leur temps, peut-être en vue d’une acceptation.

Pour Éric Manigaud, le passage du document au dessin se fait armé d’une gamme de crayons gras et de poudre graphite. Il effectue des micro-hachures centimètre carré par centimètre carré grâce à la projection de l’image agrandie sur le papier. Cette pratique « neutralise » l’image et met à distance les traumas du passé.

La série Madge Donohoe, du nom d’une médium australienne des années 1930, ponctue l’exposition. La médium entrait en contact avec l’au-delà en pressant son visage contre une plaque photographique. Les dessins d’Éric Manigaud dégagent tout à coup une force libératrice, puisée dans le registre de l’inconnu. Les figures aperçues dans les salles précédentes, gueules cassées, regards prisonniers de la folie ou visages terrifiés par l’arrestation policière, passent alors du statut de fantômes à celui de vaincus, laissant un amer sentiment mélancolique.